Une fois n'est pas coutume, un billet qui parle de politique sur Miximum. Parce que j'avais envie et que ça m'a fait du bien.

Dimanche dernier je suis allé voter et le soir, j'ai fait ce que je n'ai pas fait depuis des années : j'ai regardé la télé. France 2, pour être exact.

Entre un Pujadas écœurant de partialité et de condescendance, les anciens de l'UMP qui n'attendent pas une heure avant de se jeter sur la carcasse encore fumante de Fillon, un Mélenchon mauvais perdant, un Macron révoltant de suffisance, la grande absente de cette soirée, c'était la dignité. Une soirée électorale à l'image de toute cette campagne, en somme.

Finalement, seul le discours de Hamon aura constitué un îlot de décence. Hamon, parlons en. Un des derniers du PS a porter de véritables idées de gauche, a avoir eu le courage de proposer des mesures (un peu) novatrices, et qui a récolté la claque que méritait son parti quand elle aurait du être destinée à Macron. Les français ont décidément la mémoire courte. J'imagine déjà les cadres socialistes vouer leur candidat aux gémonies et incriminer le système des primaires, tout plutôt que remettre en cause leur politique désastreuse.

Et les journalistes de crier au séisme, de claironner que le paysage politique français vient de voler en éclat, que le renouveau arrive, comme si on n'allait pas dés demain retrouver les mêmes têtes, les mêmes idées rances et les mêmes pratiques douteuses.

Dimanche dernier, j'ai voté Mélenchon. Sans fanatisme ni idolâtrie, j'ai voté en accord avec un programme, certaines idées, convictions et valeurs. Et le score fort honorable de « mon » candidat n'effacera pas l'amertume sans doute partagée par de nombreux sympathisants de gauche : 4ème, derrière un néolibéral populiste, une fasciste, et un escroc réactionnaire.

Ces élections sont les premières que je suis avec autant d'intérêt. En 2002, moi qui n'avais pas encore le droit de vote, je me souviens que l'accession de Le Pen au second tour avait déclenché un raz de marée. Aujourd'hui, à peine quelque clapotis se font entendre.

Et à qui la faute ? Certes, le FN travaille dur à se rendre respectable, mais ce sont bien les politiques au pouvoir qui ont réduit l'écart, qui se sont fascisé. N'est-ce pas à un gouvernement supposément de gauche que l'on doit l'état d'urgence, la loi travail, la loi renseignement, les débats anti-Burkini, le fichier TES, et j'en passe ? Qui a porté les thèmes identitaires et sécuritaires sur le devant de la scène, quand il faudrait parler d'écologie et d'inclusion ? Ce n'est pas le FN qui devient plus respectable, ce sont les autres qui puent de plus en plus.

Il faut « faire barrage », s'empresse de s'écrier la classe politique française, elle qui le reste du temps ne se gêne pas pour emprunter ses thématiques avec un manque de pudeur qui fait grincer les dents.

À présent, que faire ? Car dans deux semaine, il me faudra glisser un bulletin dans l'urne. Sur ma timeline, le débat fait rage. J'entends de nombreux Mélenchonnistes annoncer qu'ils s'abstiendront, et d'autres de leur tomber sur le râble en les traitant d'irresponsables. « Ne pas voter pour Macron, c'est voter pour Le Pen. » Tout cela ne vole pas bien haut.

Dimanche prochain, j'irai voter pour Macron. J'irai donner ma voix à un candidat qui s'apprête à poursuivre sa casse du code du travail et des services sociaux, à enfoncer des millions de travailleurs encore un peu plus dans la précarité, à donner toujours plus de pouvoir à la haute finance tout en culpabilisant les précaires, à s'asseoir sur la démocratie en réformant à coup d'ordonnances et de 49.3, à jeter l'écologie aux orties. J'irai voter pour Macron la mort dans l'âme et le cœur au bord des lèvres, avec le triste sentiment de responsabilité que je contribuerai à donner à mon pays la direction opposée à celle que j'aurais souhaité.

J'irai malgré tout voter Macron, parce que, quoi qu'on en dise, Le Pen peut passer. Le premier est persuadé que la partie est déjà gagnée, mais est-ce bien le cas ? Trump non plus ne pouvait pas passer. Le Brexit non plus ne pouvait pas passer. Le Pen peut passer, et le cas échéant, ce sera une véritable catastrophe.

J'espère que les partisans de Macron réaliseront que ce vote ne sera pas donné de gaieté de cœur. Pour ma part, je comprends l'amertume terrible qui peut donner envie de voter blanc. Peut-on taxer les abstentionnistes d'irresponsables ? Bien au contraire, j'ai le sentiment que nombreux sont ceux à éprouver intensément le sentiment de responsabilité que revêt l'acte de glisser un bulletin dans l'urne.

Soyons clair, si Le Pen accède au pouvoir, ça ne sera pas la faute des abstentionnistes, pas plus que la défaite de Mélenchon n'est la faute de Hamon. Si Le Pen passe, ce sera la faute 1) des fascistes, racistes, xénophobes, isolationnistes qui auront voté pour elle et 2) de Macron qui n'aura pas su mettre de l'eau dans son vin et tendre la main aux millions de français qui ne voient rien pour eux dans son programme. Purée, je n'aimerais pas être dans le costume à 6000 balles du type qui a permis au front national d'arriver au pouvoir.

Comme me l'explique intelligemment ma compagne, vers qui j'ai la chance de pouvoir me tourner quand la lucidité me fait défaut, rien n'est perdu. Un président ne gouverne pas seul, et les élections les plus importantes restent les législatives. On peut également espérer que dans cinq ans, après un quinquennat dont nous sommes nombreux à ne pas attendre grand chose, un·e candidat·e aux valeurs humanistes récoltera plus de voies que les idées puantes des fascistes.